Dominique de Villepin présente ce jour son projet ou tout au moins ses propositions. A lire les premières d’entre elles, j’ose dire qu’il ne manque pas d’une certaine audace et sur certains points point on peut même dire qu’il va plus loin que certains partis d’opposition.

En effet, qui hormis l’ancien Premier Ministre a osé mettre sur la place publique le revenu citoyen ? C’est d’autant plus à mettre à son crédit que sa famille politique d’origine en a remis une couche sur ces maudits pauvres avec cette belle idée tendance sof-esclavagisme, où les « bénéficiaires » du RSA auraient à donner des heures de « biens communs » pour le toucher. Une belle manière de les précariser encore un peu plus puisqu’on peut penser que ces derniers n’auront aucun moyen de défense quant à la seule question de leur condition de travail.

A mes yeux, cette question du Revenu Universel se pose ou se posera dans les prochaines décennies à mesure de la montée en puissance du cyborg-worker. Rassurez-vous, je ne suis pas resté trop longtemps au soleil mais à regarder d’un peu loin ce qui se passe du coté de l’intelligence artificielle et de la cybernétique, on peut penser que le salarié ou le travailleur de base est tout simplement voué à disparaitre dans un avenir plus ou moins proche. Par conséquent, quelles seront les sources de revenu pour une bonne partie de la population ?

Si on peut pointer quelques faiblesses dans sa proposition, on peut néanmoins reconnaitre que celle-ci constituerait bien un électrochoc voir un élément important pour construire cette politique de civilisation prônée par Edgar Morin et laissée en jachère par tous les politiques qui ont tenté de lui reprendre ce concept.

Un autre point me paraît intéressant mais je ne sais pas si c’est un oubli ou une absence volontaire. Il aborde la question de la suspension des mesures concernant les heures supplémentaires et ce sans remettre en cause les 35 heures – qui demeurent malgré tout la base légale de la durée du travail. Pour l’heure, je lui laisse le bénéfice du doute mais pour le journaliste qui passe par ici, c’est peut être une question intéressante à approfondir.

De même, Dominique de Villepin souhaite qu’un 1/3 des postes dans les CA des entreprises soient réservés aux salariés. Sans être forcément révolutionnaire, cette mesure me semble être une nouveauté dans le champ lexical d’un homme qui a marqué son époque avec le CPE et une ouverture au dialogue pour le moins limitée.Certes, on peut s’interroger sur la mise en place de cet outil et même de sa pertinence mais pour l’heure, il marque néanmoins un tournant sensible de sa part.

Sur d’autres propositions, on peut même trouver certains éléments que ne pourraient renier les sociaux démocrates voire certains gauchistes à poils durs . Un bémol cependant, cette ritournelle concernant la TVA faussement sociale… on pourra toujours tenter de l’habiller, cet impôt reste profondément inéquitable par son caractère égalitaire.

Au final, je reconnais à Dominique de Villepin une réelle audace dans ses propositions cependant comme me le faisait remarquer Arnaud Aubron – rédac chef des Inrocks… ouais twitter… – cette audace « ça ne l’engage pas à grand chose vu ses chances de succès ». J’y souscris pleinement, et effectivement je doute que DDV ait le panache de concourir à l’élection miss France – oui ce grand cirque  pas encore monté me fait déjà penser à ça -. Mais au moins, il apporte quelques propositions intéressantes… on peut au moins lui reconnaitre ça.

Il y a encore quelques jours, on pouvait encore se réjouir du courage du peuple libyen parvenant à se rebeller contre un dictateur dont la folie n’est pas nouvelle.

Depuis ces dernières 72 heures, les rares flux d’informations charrient un flot de sang et de victimes.

L’indignation ne peut plus suffire, simples citoyens, nous n’avons, hélas, aucune prise sur ces tragiques évènements sinon constater le cynisme affligeant de certains journalistes – n’est ce pas monsieur Calvi – toujours prompts à brandir des fantasmes nauséabonds et à s’enquérir du prix du pétrole en cas de défaillance de l’approvisionnement libyen… nos barils d’or noir valent bien quelques milliers de morts n’est-ce pas ? Quant au délire entretenu sur ce prétendu intégrisme musulman, j’y reviendrai bientôt avec un papier en cours d’écriture sur ces révolutions.

Et nos chancelleries… rien… rien… rien.

J’ai honte, profondément honte de cette non-politique et de ce mauvais signal envoyé à ces peuples en rechercher d’un nouveau modèle démocratique.

Oui intervenir sous une forme ou sous une autre car le peuple libyen n’a plus d’autre alternative face à cette folie dictatoriale désormais entrée dans une phase sans retour.

On a déroulé des tapis rouges pour Kadhafi, on se contente d’enrouler dans des linceuls de sang les victimes expiatoires de nos aveuglements consentants pour quelques euros de plus.

Une question demeure pour moi : assistons-nous à une rupture civilisationnelle ?

Bizarrement, ou alors c’est moi, je n’ai pas vu beaucoup de billets, d’articles de presse ou de réactions sur cette petite saloperie « proposée » par la société Continental à ses Contis.

J’ai bien pesé le mot « ses » mais manifestement sa direction pense avoir à faire à des presques esclaves en leurs proposant une petite indignité. Bien sur ces gros cons de dirigeants sont dans les clous de la loi qui impose de proposer des postes dans le groupe : donc première étape en en tunisie pour un salaire mensuel de 137 euros oui vous avez bien lu 137 euros.

Il se trouvera sans nul doute quelques « bonnes âmes » pour dire que ce n’est pas si mal, que ces contis sont en définitive des fainéants qui ne veulent pas bosser ou encore qu’avec la mondialisation, il faut savoir s’adapter… enfin toutes ces conneries avec cette certitude que pour eux ça ne pourrait pas arriver, trop intelligents et compétents qu’ils sont… les cons.

Enfin au moins le signal donné par cette multinationale a le mérite d’être limpide… « salarié tu n’est qu’une merde qui ne vaut pas plus de 137 euros par mois ».

Est-on en droit de penser que ce genre de foire aux bestiaux va se généraliser dans un avenir plus ou moins proche… la crise aura bon dos en tout cas.

(Merci à Fred de Lille)

Marxiste ? non même plus.

Les chiffres sont tombés la semaine dernière, des blogueurs émérites comme Peuples ou Intox ont démonté la vaste supercherie des nouveaux chiffres du chômage, pourtant les principales centrales syndicales sont muettes sur ce sujet prioritaire…

Au risque de choquer les bobos de gauche, j’aimerais qu’au lieu de disserter des heures sur l’identité nationale et sur ses sujets périphériques, on inverse un peu le temps imparti à une problématiques qui touche plus de 4 millions de travailleurs.

Ce matin, j’ai donc fait le tour des sites syndicaux (CGT, CFDT, FO) et je dois dire mon désarroi face à l’indigence de ce que j’ai lu ou pas lu sur cette nouvelle et inquiétante augmentation du chômage.

Entre ceux qui ont l’air complètement absorbé par la préparation d’un congrès et d’autres qui en sont à écrire  de telles banalités « L’après crise se prépare aujourd’hui, la CFDT y prend sa part. Elle mobilise tous ses militants dans les entreprises. » ou encore qui se préoccupent en premier lieu du Pôle Emploi… J’avoue ma perplexité devant tant d’audace pour ne pas dire plus.

Le pompon revenant comme il se doit à la CFDT avec ce passage grandiose « Il convient de prolonger les mesures de chômage partiel et de formation. », pour mémoire c’est ce syndicat qui avait popularisé la réduction du temps de travail à la fin des années 70…

Cette attitude est d’autant plus regrettable qu’en mai dernier, la Confédération Européenne des Syndicats était nettement plus offensive avec notamment un plan extraordinaire de réduction du temps de travail financé par le Fonds Social Européen…

Si certains pensent que repeindre en vert la croissance et les emplois jeunes suffiront pour sortir de la crise… dont acte mais que les syndicats ne soient tout simplement plus en mesure d’apporter un minimum de propositions sur ce qui constitue leur raison d’être, à savoir le travail ; c’est particulièrement inquiétant.

Qu’est ce qui différencie dans ces conditions, un syndicat d’une simple corporation ?

Au final, comme pour les partis politiques, on peut légitimement se demander si ces syndicats issus de la révolution industrielle et capitalistique sont encore en mesure de s’adapter aux nouveaux défis d’aujourd’hui et de demain ?

Le capitalisme est moribond, il est en train de céder du fait d’injustices structurelles et conjoncturelles qu’il ne parvient plus à cacher, plus à « domestiquer » ; son paradigme initial d’un « monde infini », pour les plus riches, s’est autodétruit.

Aujourd’hui, bien qu’encore balbutiant, c’est bien la nécessité d’une redéfinition d’un système qui s’affirme où l’enjeu n’est plus la question de la production n’est plus centrale mais seulement accessoire. Difficile de résumer une réflexion encore chancelante en une phrase, ce sera l’objet d’un billet….

De fait, syndicats et partis politiques traditionnels n’ont pas réellement intégré cette révolution, ce changement civilisationnel.