Ma jeunesse étudiante et militante a été bercée par SOS Racisme, le SCALP, ce slogan des Béruriers Noirs « la jeunesse emmerde le Front National » et pour en finir, en 2002, nous avons même eu l’union sacrée contre Jean-Marie Lepen.

Aujourd’hui, un sondage semble attester l’échec de ces incantations, Marine Lepen est bien placée dans l’électorat des 18/24 ans. DSK et dans une moindre mesure Ségolène Royal parviennent à surnager, les autres sont aux abonnés absents. On pourra une fois encore, vitupérer contre ces jeunes gros cons, ressortir de nos cartons un peu jaunis disques et slogans, manifestes et pétitions, et pour faire bonne mesure avec notre temps, FaceBooker à travers une page dédiée, créer un compte twitter « à bas le Front Nazional ».

Tout cela pourrait prêter à sourire, à relativiser cependant cette enquête d’opinion traduit une autre réalité à l’heure où le PS entend faire de la jeunesse une priorité électorale, les mouvements politiques jeunes sont tout autant coupés des réalités que les partis politiques. Et Certains allant même jusqu’à singer les pratiques de leurs ainés, il ne faut plus s’étonner de la faiblesse de ces structures « jeunes » déjà vieilles.

Qui s’inquiète de ces jeunesses – trop souvent vues sous le seul prisme estudiantin-, qui connait leur réalité quotidienne, ce vote frontiste que traduit-il ? S’interroger sur ces questions, permettait sans doute d’éviter de s’étonner de ce paradoxe qui voudrait qu’à l’heure de la mondialisation heureuse et des réseaux sociaux, une partie non négligeable des jeunes se « tourne » vers le repli sur soi.

Qui sont ces jeunes marinistes ? qui sont ces jeunes abstentionnistes ? Reflexe identitaire, absence de perspective, peur de l’autre, simples consommateurs désabusés ?

Avant de vouloir leur proposer des « solutions », il serait peut-être temps de se demander : qui sont les jeunes d’aujourd’hui ?

Ce matin, grosse séance de brainstorming pour trouver la meilleure façon de renvoyer le Front National aux poubelles de l’histoire…

Cette intense cogitation d’esprits de haut vol à déboucher sur ça, en espérant que Martine Aubry en fasse bon usage :

- Un appel républicain pour une manifesation unitaire chacun dans son coin le 15 août (cette date permet de réaffirmer nos principes laïcs)

- la fabrication de badges en forme de main pour mettre au revers de la veste.

- des slogans mobilisateurs : « c’est la faute à Sarko » et « on ne s’amuse pas avec le Front National ».

- Des concerts avec des supers stars du showbiz.

- et bien entendu une méga pétition rassemblant des millions de citoyens.

- Une page Facebook « Stop le F’Haine » (important aujourd’hui le militantisme 2.0 pour conscientiser tous les Djeun’s)

Si avec tout ça, Marine Lepen est encore en tête dans les sondages… c’est à  ne plus rien y comprendre.

A celà, j’ajouterai une supplique forte, un espoir insensé : « Jack Lang Candidat car il comprend la jeunesse qui emmerde le Front National ».

Avec cette sondagïte aiguë qui secoue le microcosme politique hors sol, j’ai fait quelques recherches sur mes articles consacrés à Marine Lepen et au Front National. Je constate une chose : depuis Juin 2009 et le spectre d’Henin Beaumont, rien mais strictement rien n’a changé à Gauche et au Parti Socialiste. C’est tout simplement désespérant et suicidaire.

Petit Retour sur d’anciens articles (le dernier en date de dimanche) :

10 décembre 2010.
Front National : l’inutile diabolisation.

Ce week-end, Marine Lepen a fait la Une des journaux et des partis politiques, en cause l’amalgame entre la dizaine de lieux de rassemblement musulmans pour la prière sur la voie publique et l’occupation allemande.

Ok, c’est mal, c’est odieux, c’est une comparaison scabreuse et sans fondement mais une fois qu’on a dit ça, ce qu’a dit tout le personnel politique, on s’arrête là ? Il semble que oui comme le note Romain Pigenel dans son billet, Pigenel qu’on ne peut par ailleurs soupçonner de la moindre bienveillance à l’égard du Front National.

Hélas, ce seul coeur des « pleureuses » ne sera certainement pas suffisant pour mettre à mal ce que Marine Lepen construit pied à pied depuis quelques années, c’est à dire une certaine respectabilité de son mouvement post-fascisant. Pour ma part, je suis intimement convaincu que ce dérapage n’avait à la base qu’une vocation interne : celui de s’assurer et de rassurer la frange la plus extrème des adhérents frontistes, davantage tentée par un Bruno Gollnisch, bien plus outrancier et radical dans la campagne interne pour succéder à Jean-Marie Lepen à la tête du front.

Le pire dans cette énième diabolisation, c’est qu’elle risque de profiter in fine à Marine Lepen : à l’interne (aux yeux des militants, elle est capable de faire aussi bien que son père en matière de communication) mais aussi à l’externe (est ce tolérable que la voie publique puisse servir de manière régulière à l’expression de sa foi ? ). En effet, qui à ce jour à poser la question des lieux de cultes – et plus particulièrement musulmans – et de leur nombre suffisant dans notre pays.

En lieu et place de réponses claires et adaptés – ce qui aurait peut être permis à la gauche de s’interroger sur les largesses financières accordés à l’enseignement catholique alors que dans le même temps, l’Education Nationale doit faire fasse à des saignées sans précédent – chacun a tenté de faire de Marine Lepen une nouvelle pestiférée.

Cette stratégie a été la seule réponse offerte - notamment par la gauche – depuis près de 30 ans, avec des résultats inverses à ceux escomptés, doit-on rappeler le 21 avril 2002 et une droite qui n’a eu de cesse de surenchéri dans une logique sécuritaire sans plus de succès – hormis en 2007 – si ce n’est de renforcer un climat de peur et de méfiance généralisé.

Cette absence politique et cette emphase de la diabolisation risque à nouveau d’être d’aucune utilité. L’électorat abstentionniste (souvent issu des quartiers populaires) a d’autres chats à fouetter, où de plus en plus cela touche plus ou moins à la survie ou pour le moins au moins-mal-vivre ; l’électorat frontiste se trouve conforté dans son vote du j’emmerde-la-classe-dirigeante et enfin une partie de l’électorat en lisière du déclassement social peut se laisser tenter un peu plus dans un vote prestataire du fait d’une classe politique incapable de comprendre ses inquiétudes face à un monde mondialisé où l’oubli des classes moyennes et populaires semble devenir la norme.

Alors, oui Marine Lepen s’est incontestablement Lepénisé ces deux derniers jours cependant je doute qu’à moyen terme cela lui soit préjudiciable… Pour elle, l’urgence est la conquête de l’appareil de papa et elle aura bien le temps par la suite de continuer à polir son image.

Le 6 juin 2009
Un sursaut citoyen ? à défaut d’une révolte socialiste…

Dès 18h, la victoire de Duquenne semblait acquise, outre une participation en hausse, les premières tendances donnaient un revers frontiste en cette ancienne terre socialiste.

En républicain, on ne peut que se féliciter de ce petit sursaut démocratique à défaut de pouvoir en quelques heures éradiquer le désarroi citoyen d’une ville sinistrée pour cause de faillite morale de ses édiles.

Peut-on tirer un enseignement de ce résultat, au-delà de la présence surmédiatisée de Marine Le Pen?
On peut le penser car outre une implantation locale forte et réelle de sa tête de liste officielle, la dynamique du Front National de cette élection semble démontrer que celle-ci va au au-delà de sa seule et historique influence délétère sur un scrutin.

Henin-Beaumont est une ville populaire où la misère sociale a fait son lit sur une crise économique qui n’a pas commencé à l’été 2007 mais à la fin des années 70. Le Parti Socialiste qui gère sans discontinuité ce territoire n’a jamais été en mesure d’apporter d’autre horizon que ses édiles costumés… les mêmes ou presque depuis près de 3 décennies.

Une victoire que le PS ne peut s’approprier

Le vote frontiste, le vote socialiste sont dramatiquement similaires: celui d’un de salariés déclassés, cassés. Et, pour ceux encore en activité, l’inquiétude permanente est toujours présente pour les leurs. Distinguer un bureau de vote d’un autre relève de la gageure.

Si la gauche l’emporte ce soir, le Parti Socialiste ne peut se l’approprier ni hier, encore moins demain.

A la lecture du résultat final, la stratégie du front républicain montre aussi de réelles limites puisque qu’il apparaît clairement que d’une part, il n’est pas parvenu à faire le plein des reports et que d’autre part, le Front National parvient à gagner des électeurs. La hausse modeste de la participation montre que le FN est lui aussi est désormais capable de mobiliser une partie de l’électorat abstentionniste.

Ce signe, encore parcellaire du fait de cette situation particulière, a été entendu par Marine Le Pen. Présent au siège du Front National, trois éléments m’ont particulièrement marqué: Marine Le Pen revendique la captation d’une partie non négligeable l’électorat traditionnellement de gauche sur font de crise sociale. A aucun moment, elle n’a parlé de l’immigration. Enfin, elle veut faire sienne la nécessaire remise en cause des pratiques politiques au-delà, du seul « tous pourris ».

L’analyse de Marine Le Pen ne sera pas sans conséquence sur l’avenir du Front National. Manifestement ce soir, elle a voulu préempter l’héritage politique de son père. Faire main basse sur l’appareil mais bien moins au niveau du discours.

Le laboratoire héninois peut faire apparaître un nouveau Front National en profitant de la lente déliquescence du PS à travers un
discours tourné davantage vers l’électorat populaire. Celui-là même qui après avoir transité un temps vers Nicolas Sarkozy, peut demain se tourner, plus durablement et à nouveau vers le FN. En somme transformer le poste protestataire des années 90 en vote d’adhésion.

Et le Parti Socialiste?… on le ménage comme on ménage les grands malades.

Le 2 juin 2009
Henin-Beaumont ou les carences du PS…

Comme préalable et au risque de choquer, je veux dédouaner les citoyens d’Hénin-Beaumont si par malheur, dimanche ils plaçaient le FN à la tête de cette collectivité du bassin minier.

Pourtant, le système mis en place à Henin-Beaumont est révélateur de ce que devient le Parti Socialiste depuis plusieurs années.

Un parti dont les pratiques rappellent désormais les heures les plus sombres du socialisme municipal de la défunte SFIO. Un conglomérat de notables dont le lien avec les réalités se distend à mesure de l’érosion militante ; le résultat en est un clientélisme qui devient la « seule matrice idéologique ».

Vidé de tout contenu, de toute ambition, les sections sont devenues des vases clos grisonnants où quelques « lionsots » peuvent s’ébattre pour devenir dans un premier temps des apparatchiks et dans un second temps, si ils ont bien servi leur maître, devenir à leur tour des notables. Ce phénomène est d’autant plus commode que le jeu de l’alternance démocratique externe est quasi nulle et le débat interne ne peut plus exister puisque vicié par un réseau d’obligés bien installé. En un mot, quiconque serait tenté de s’opposer aux hommes en place, n’aurait non pas le choix de vaincre ou de périr mais de se plier ou de périr.

Dans certaines communes, le clientélisme atteint un tel paroxysme qu’on ne s’étonne plus de voir des taux d’adhésion à un parti politique (le PS en l’occurrence) sans commune mesure avec le reste du pays, et notamment dans le personnel municipal.

Le tableau s’assombrit encore un peu plus quand on aborde la question du réseau plus restreint des notables. Celui-ci est parfaitement installé où chacun se tient gentiment avec des jeux de chaises musicales parfaitement rodés. On se souvient des soutiens répétés de la Fédération du Pas de Calais à des personnages encombrants (et Dalongueville n’est pas un cas isolé).

Institutionnalisé, cette « gouvernance » est malheureusement validée par la direction du PS et aurait peut-être même tendance à faire école. C’est ce fameux repliement sur le local considéré comme la seule ligne qui vaille. Cette réalité n’est pas le fait de Martine Aubry, c’est une tendance qu’on observe déjà sous Hollande.

Hélas, la Première Secrétaire loin d’infléchir ce mouvement tend à le renforcer et par conséquent les déviances qui en découlent (clientélisme, féodalisme, clanisme…). Les propos de Catherine Génisson sont à cet égard révélateurs puisqu’elle considère que «le problème central d’Hénin-Beaumont, c’est surtout la déviance d’un individu et le climat délétère d’une commune. Cela fait un terreau idéal pour le FN. Mais la division du parti a commencé dès 2001, quand un directeur de cabinet se présente contre son maire» (source Médiapart) or c’est bien le système mis en place dans le Pas de Calais depuis des lustres qui fait qu’on en est arrivé là.

Pour ceux qui douteraient, je ne peux que vous conseiller la lecture de l’article très complet de Médiapart avec ce commentaire du journalist qui a fait l’enquête « Beaucoup de témoignages de militants et élus locaux d’Hénin-Beaumont et du Pas-de-Calais ont été recueillis sous couvert d’anonymat. Toutes les personnes citées ont été jointes mardi, par téléphone ». Et moi, je ne mets pas de noms car je préfère me préserver…

J’en termine ici ma première partie. Demain, je la consacre aux incapacités de Martine Aubry à changer la donne dans le Pas de Calais comme ailleurs.

Ce week-end, Marine Lepen a fait la Une des journaux et des partis politiques, en cause l’amalgame entre la dizaine de lieux de rassemblement musulmans pour la prière sur la voie publique et l’occupation allemande.

Ok, c’est mal, c’est odieux, c’est une comparaison scabreuse et sans fondement mais une fois qu’on a dit ça, ce qu’a dit tout le personnel politique, on s’arrête là ? Il semble que oui comme le note Romain Pigenel dans son billet, Pigenel qu’on ne peut par ailleurs soupçonner de la moindre bienveillance à l’égard du Front National.

Hélas, ce seul coeur des « pleureuses » ne sera certainement pas suffisant pour mettre à mal ce que Marine Lepen construit pied à pied depuis quelques années, c’est à dire une certaine respectabilité de son mouvement post-fascisant. Pour ma part, je suis intimement convaincu que ce dérapage n’avait à la base qu’une vocation interne : celui de s’assurer et de rassurer la frange la plus extrème des adhérents frontistes, davantage tentée par un Bruno Gollnisch, bien plus outrancier et radical dans la campagne interne pour succéder à Jean-Marie Lepen à la tête du front.

Le pire dans cette énième diabolisation, c’est qu’elle risque de profiter in fine à Marine Lepen : à l’interne (aux yeux des militants, elle est capable de faire aussi bien que son père en matière de communication) mais aussi à l’externe (est ce tolérable que la voie publique puisse servir de manière régulière à l’expression de sa foi ? ). En effet, qui à ce jour à poser la question des lieux de cultes – et plus particulièrement musulmans – et de leur nombre suffisant dans notre pays.

En lieu et place de réponses claires et adaptés – ce qui aurait peut être permis à la gauche de s’interroger sur les largesses financières accordés à l’enseignement catholique alors que dans le même temps, l’Education Nationale doit faire fasse à des saignées sans précédent – chacun a tenté de faire de Marine Lepen une nouvelle pestiférée.

Cette stratégie a été la seule réponse offerte - notamment par la gauche – depuis près de 30 ans, avec des résultats inverses à ceux escomptés, doit-on rappeler le 21 avril 2002 et une droite qui n’a eu de cesse de surenchéri dans une logique sécuritaire sans plus de succès – hormis en 2007 – si ce n’est de renforcer un climat de peur et de méfiance généralisé.

Cette absence politique et cette emphase de la diabolisation risque à nouveau d’être d’aucune utilité. L’électorat abstentionniste (souvent issu des quartiers populaires) a d’autres chats à fouetter, où de plus en plus cela touche plus ou moins à la survie ou pour le moins au moins-mal-vivre ; l’électorat frontiste se trouve conforté dans son vote du j’emmerde-la-classe-dirigeante et enfin une partie de l’électorat en lisière du déclassement social peut se laisser tenter un peu plus dans un vote prestataire du fait d’une classe politique incapable de comprendre ses inquiétudes face à un monde mondialisé où l’oubli des classes moyennes et populaires semble devenir la norme.

Alors, oui Marine Lepen s’est incontestablement Lepénisé ces deux derniers jours cependant je doute qu’à moyen terme cela lui soit préjudiciable… Pour elle, l’urgence est la conquête de l’appareil de papa et elle aura bien le temps par la suite de continuer à polir son image.

- Un autre point de vue, celui de l’ami Vogelsong : La dediabolisation glamour.