Jean-Luc Mélenchon a donc décidé d’aller croiser le fer contre Marine Lepen à Hénin Beaumont pour les législatives de Juin.

A retourner cette arrivée dans tous les sens, j’avoue mon scepticisme. Alors certes, JLM entend sauver la France, le monde de la bête immonde or je crains que cette volonté s’écrase contre une réalité un peu plus complexe que son seul bon vouloir.

Premier élément, Marine Lepen, lors du 1er tour de la Présidentielle, est arrivée en tête sur cette circonscription avec 31,42 % contre 28, 75 à François Hollande –  et loin devant Jean Luc Mélenchon crédité de 14,85%. Aussi, je crains qu’en 3 semaines de campagne, ce dernier ne puisse réellement inverser ces résultats. A moins que le PS décide de retirer son candidat ce dont je doute. Jean-Luc Mélechon se rêve en candidat naturel des faibles et des déclassés et croit le terrain sociologique de Hénin Beaumont propice à cela. Il n’aurait pas nécessairement tort cependant il y a encore loin de la coupe aux lèvres comme en atteste cette enquête qui donne sa rivale largement en tête chez ceux qui connaissent des fins de mois difficiles. Et plus qu’ailleurs, Marine Lepen a su adapter son discours aux ravages sociaux qui sévissent depuis tant d’années.

Deuxième élément, Mélenchon va devoir faire face à un électorat déboussolé dont les liens avec les acteurs politiques sont gangrénés par la clientélisme, la corruption. Et force est de constater que Marine Lepen surfe sur ce ressentiment depuis son arrivée en 2007. Et je doute que ce parachutage de dernière minute puisse influer favorablement sur les électeurs potentiels. Beaucoup rétorquent à cet argument qu’un député représente la nation et non un territoire ; techniquement, ils ont raison, politiquement ils ont tort et ce d’autant plus dans ce contexte si particulier (lire l’excellent papier de Pierre Mathiot Directeur de Sc Pol Lille) où il atterrit. Autre point qui risque de jouer, cette décision semble réjouir une partie des éditorialistes – ce matin sur Inter-, nulle doute que Marine Lepen saura jouer sur ce ressort du candidat adoubé par les médias et l’élite parisienne.

Troisième élément, on évoque le courage de Jean-Luc Mélenchon, au risque de polémiquer où se trouve le courage quand dans le pire des cas, il gardera son siège de Député Européen… On me dira que c’est également le cas pour Marine Lepen sauf que cette dernière n’est plus à proprement parler une parachutée.

Quatrième élément, Mélenchon sera-t-il en capacité d’infléchir un discours essentiellement axé sur le sempiternelle « Lepen Facho » et qui risque d’être contre productif sur ces terres héninoises. N’oublions pas qu’il y a encore quelques années, nous étions dans un bastion de gauche et socialiste très solide. Une population blessée, déclassée saura-t-elle accepter qu’on lui donne des leçons de morale ?

Cinquième élément, je me souviens qu’il y a encore quelques semaines, beaucoup de militants avaient vu une victoire par KO dans le débat télévisuel qui avait opposé nos deux protagonistes. A l’époque, j’avais émis quelques réserves… ce qui m’a valu une bordée d’injures… les faits m’ont manifestement donné raison de 7 points.

Au final, non seulement, je me refuse de voir Jean-Luc Mélenchon comme un messie mais qui plus est, et paradoxalement, cette focalisation médiatique sur ce seul affrontement constituera un formidable soutien pour le Front National et ses candidats souvent inconnus. Le Front National devait probablement se demander comment pallier à ce problème de communication, Jean Luc Mélenchon involontairement lui rend ce service. En même temps, on peut se demander si lui-même n’est pas dans une logique purement médiatique… en somme, il apporte son obole au cirque médiatico-politique qu’il se plait à dénigrer.

Que faire alors ? Tout d’abord que le PS prenne enfin ses responsabilités et tire les conclusions indispensables vis à vis des dérives du socialisme clientéliste. Ensuite, c’est à partir des personnalités locales qu’on peut espérer une inversion de cette porosité de l’électorat vis à vis des thèses frontistes. Il y en a, je pense notamment aux jeunes pousses que sont Marine Tondelier (EELV) ou encore Pierre Ferrari (divers Gauche) mais toujours en lutte avec la fédération socialiste du Pas de Calais (comprenne qui pourra).

PS : Donatien, proche du FdG, devrait normalement répondre à ce billet.

PS2 :  quelques billets déjà consacrés à Henin Beaumont : Henin Beaumont et les carences du PS ( Un et Deux) , Une victoire sans gloire (billet pour l’Express), Hénin Beaumont un boulevard pour le Front National (ici),  Marie-Noëlle Lienemann se lâche… mais pas seulement sur Hénin-Beaumont. …. voilà voilà

Que de pages déjà écrites pour commenter ce premier tour de la Présidentielle et pourtant à regarder d’un peu plus près les résultats, il y a au fond aucune surprise.

Certains découvrent avec effroi le score de Marine Lepen et tentent de le minorer en le comparant à 2002 en additionnant les voix de Lepen et Mégret. C’est une erreur de perception, la progression de Marine Lepen est de près d’1 million de voix… Plus que jamais, elle a réussi son pari, ne plus souffrir de la moindre contestation au sein du FN. Paradoxalement, les mêmes souvent la voyaient comme mourante, on pourrait presque dire qu’elle n’a pas fait campagne pourtant aux dernières cantonales ; ceux qui voulaient bien le voir, s’étaient alarmés de la bonne tenu du Front National. Des inconnus étaient même parvenus à se maintenir au 2ème tour d’une élection peu favorable à ce parti. On ne peut également s’empêcher de se souvenir de ce fameux débat Mélenchon/Lepen. Que n’ai-je pas entendu pour avoir osé dire que malheureusement ce dernier n’avait pas gagné ; à ceux-là, j’avais dit les urnes rendront leur verdict… c’est fait, je n’en tire aucune « gloire » personnelle, je regrette d’avoir raison. Ces propos sur le Front National et l’avènement de Marine Lepen, je les tiens depuis plusieurs années, depuis qu’elle a élu domicile à Henin-Beaumont. A l’époque, je mettais en garde le PS contre ses errements politiques et éthiques… Dans le Pas de Calais, le FN est le deuxième parti ; dans le Nord, il dépasse les 20% et se rapproche dangereusement de l’UMP.

On aura beau jeu, une nouvelle fois, d’accuser les sondages de n’avoir rien vu venir… on se trompe, comme le note Ronald, ceux-ci n’ont effectivement pas donné le score à la décimale près, par contre Marine Lepen est bien dans l’étiage haut quand on a pris soin de prendre un peu de recul par rapport aux chiffres ressassés par les éditocrates fatigués. Car oui, les instituts de sondages ont donné les bonnes fourchettes pour tous les candidats, Jean Luc Mélenchon compris, ce dernier est sur le point bas.

Quant à l’UMP, outre un pari particulièrement périlleux, celui de pratiquer un grand écart entre électeur bayrouiste et Frontiste, est probablement sur la voie l’ »éclatement si, par mon plus grand des bonheurs, Nicolas Sarkozy était battu le 6 mai. Car, c’est bien dans cette optique que semble se projeter Marine Lepen, récupérer les décombres de l’UMP et de sa fraction la plus réactionnaire pour constituer un « bloc national ». Son compagnon a donné la ligne, le vote blanc, nulle doute que la Chef a donné son accord à cette déclaration… à elle de donner le La, le 1er Mai.

Oui, nous sommes probablement à l’aube d’une « ère nouvelle » d’une vingtaine d’années avec Marine Lepen, elle n’a que 44 ans.

Sarkozy a beau prétendre le contraire… il a perdu ce 1er tour – alors qu’il en avait fait la pierre angulaire de sa reconduction à l’Elysée – en réalisant le plus bas score d’une droite unie pour une Présidentielle sous la 5ème. Quant à Hollande, non seulement il vire en tête et il obtient le meilleur score socialiste d’un primo-candidat sur cette même période. On peut retourner la chose dans tous les sens… les leaders de l’UMP raconte n’importe quoi.

Et le changement c’est maintenant.

François Hollande dispose de tous les atouts pour gagner cette Présidentielle pour autant c’est probablement au lendemain de son élection que les choses très sérieuses voire désespérées vont commencer. Au cours de ses 5 années de mandat, il ne peut décevoir. C’est sans doute là, le ressort de ce 1er tour, François Hollande n’aura pas de droit à l’erreur. Et ce d’autant moins, que jamais dans son histoire, le Parti Socialiste ne concentrera dans ses mains autant de leviers.

Aussi, je le dis simplement, monsieur Hollande, Monsieur le Président, votre responsabilité dépasse le loin la seule question  Parti Socialiste… 2017 se joue dès aujourd’hui. Sachez vous affranchir de ce dernier. Marine Lepen n’est plus tapie dans l’ombre , elle attend son heure, elle attend votre chute car en cas d’échec, c’est elle qui remportera la mise dans 5 ans.

Peu friant des débats politiques – paradoxalement-  j’ai néanmoins voulu regarder ce match annoncé entre Jean Luc Mélenchon et Marine Lepen afin de voir ce que ces deux animaux politiques avaient dans le ventre.

Et bien, je n’y reviendrai plus…. mais c’est un autre débat.

A en juger bon nombre de commentateurs, Mélenchon aurait triomphé faute de combattante puisque Marine Le Pen a pris soin de fuir le débat avec le stratagème victimaire du propos liminaire san fin… Certains ont vu dans cette ridicule attitude, la manifestation de la peur de Marine Le Pen face au grand fauve incarné par Mélenchon, et bien à vrai dire je ne partage pas ou peu cette interprétation sur-militantisée.

Tout d’abord, le Front National de Jean Marie Le Pen à sa fille est passé maître dans l’art de se muer en victime d’un système politique phagocyté par les quatres partis dominants et manifestement cela fonctionne au près d’un électorat peu politisé et déboussolé qui plus est dans une période de crise dont on sait que la sortie du tunnel s’éloigne à mesure qu’on s’y enfonce. Et je crains fort qu’à cette heure du débat, l’électorat en question était devant cette émission malgré les 5 millions de téléspectateurs.

D’autre part, et ce que beaucoup oublient un peu vite à travers nos lunettes miltantes c’est que, comme le note le politologue Frédéric Sawicky,   »Jamais le niveau d’adhésion aux idées du Front national et les niveaux de sympathie en faveur de Marine Le Pen n’ont été aussi élevés ». Ce constat ne repose pas sur une appréciation au doigt mouillé mais sur des études qualitatives comme celle menée par la Voix du Nord dans la région Nord Pas de Calais. J’ajoute à ce stade que cette région a connu lors des dernières régionales une score du FN particulièrement élevé puisque ce dernier talonne l’UMP au 2nd et pis, il devance ce dernier dans le Pas de Calais. Département qui connait, outre une montée régulière de la paupérisation depuis plus de 20 ans, l’implosion du PS où « l’épiphénomène » Héninois – l’affaire Dalongueville- est en passe d’emporter toute la fédération du Pas de Calais. Nulle doute que la conjonction de ses deux phénomènes se traduise dans les urnes au soir du 1er tour de la Présidentielle dans le Pas de Calais mais aussi dans le Nord et probablement ailleurs si d’aventure, cette sinistre affaire prenait un tour national. Et ce n’est pas faute de l’avoir dit sur ce blog. Certes le Nord Pas de Calais n’est pas la France, cependant il n’aura échappé à personne que Marine Le Pen a depuis quelques années « recentré » son discours sur ces oubliés de la mondialisation heureuse… de plus en plus nombreux. A ce propos, je vous conseille la lecture de cet article du Monde sur les sondages et Marine Lepen.

Enfin, autre élément qui me fait dire que Jean Luc Mélenchon a remporté une manche à la pyrrhus, il s’est embarqué par un démontage en règle de Marine Lepen sur le terrain… sociétal. Non que je veuille minimiser la réalité des propositions de Marine Le Pen dans ce domaine mais -puisqu’il convient d’en appeler au peuple – je crains que ces questions soient pour l’heure accessoire pour une grande partie de l’électorat populaire ayant déjà fort à faire pour boucler ses fins de mois voire ses débuts de mois. A cela, il convient d’ajouter son incapacité à projeter sur leurs enfants un quelconque avenir tant les perspectives en matières éducatives et d’emplois sont sombres.

Aussi, je persiste, l’angle d’attaque choisi par Jean Luc Mélenchon n’a pas probablement pas ébranlé l’électeur frontiste ouvrier voire l’a peut être même conforté dans le fait que Marine Le Pen était bien la candidate anti-système puisqu’elle parle des problèmes de la vie quotidienne. Et ce d’autant plus que – et je m’en réjouis – Mélenchon a reconnu qu’il appellerait à voter François Hollande au 2nd tour. C’est à mon sens un point marqué par Marine Lepen sur le terrain du candidat qui veut retourner la table.

Alors oui, Jean-Luc Mélenchon a probablement gagné sa confrontation pour le militant engagé que je suis mais non je pense que Marine Lepen n’a rien perdu quand on essaye de prendre un peu de recul par rapport à ce faux combat.

Voilà ma « réponse » quoique je préfère le terme de contribution à la discussion commencée avec Donatien et son billet de ce matin.

Voilà, le premier sondage donnant un score supérieur à 20% à Marine Lepen vient de tomber… 21,5%. Alors, pour se rassurer, on se dira que la méthodologie est pourrie, que ce n’est qu’un sondage, que ça ne veut rien dire, que l’année dernière on avait surévalué le Front National dans les sondages… Oui tout cela rassure et pourtant tout cela est faux, il faut écouter aussi… les gens… pas sa bulle militante.

On parle d’un 21 avril à l’envers… certes… on peut également retrouver un 21 avril « à l’endroit ».

Juste pour l’anecdote, je me souviens quelques mois avant les cantonales, je participais à une réunion en la Fédération du Nord du PS et EELV. Pour ma part, j’ai fait par de mon inquiétude sur le score probablement élevé du FN sur Roubaix. Un éminent représentant des Verts de Roubaix avait balayé le propos, il n’y a pas de danger. Je le confesse, je me suis trompé, sur les deux cantons renouvelables, les deux candidats FN présents au 2nd tour… ben oui tout de même… n’ont dépassé ou approché les 40%… rien quoi.

Maintenant pour vous aider, je vous propose ce papier qui n’est plus disponible sur le site de la tribune :

Cantonales : le vrai score du Front National

Compte tenu du fait que le parti de Marine Le Pen n’avait présenté de candidats que dans 1.400 cantons, le cumul de ses voix au plan national ne reflète pas intégralement sa puissance de feu à quatorze mois des élections présidentielles. Les résultats fournis par le ministère de l’Intérieur ont permis à l’institut Viavoice de calculer que le FN a bénéficié, dans l’ensemble des circonscriptions où il disposait d’un candidat, de 19,2% suffrages soit deux points de plus que l’UMP.

Quel aurait été le score national du FN s’il avait présenté des candidats dans l’ensemble des 2026 cantons où les Français étaient invités à voter lors de ce premier tour des élections cantonales ? Difficile de répondre à cette question. Mais on peut en revanche avoir une bonne idée du véritable potentiel électoral du parti de Marine Le Pen en étudiant le rapport de forces dans les seuls cantons où il était présent. D’autant que ces derniers représentent 80% des électeurs convoqués à ces élections. Mécaniquement, le score du FN y apparaît à un niveau nettement supérieur aux 15% obtenus nationalement. Mais à combien ? L’institut Viavoice a procédé à un calcul des résultats fournis par le ministère de l’Intérieur en excluant les cantons où ce parti n’avait pas de candidats.

Le Front National est à 19,2%, l’UMP à 17,2%

Le score du FN (19,2%) y reste inférieure à celui du PS (24,10%) mais surpasse celui des candidats de l’UMP (17,2%). Si on y ajoute les suffrages obtenus par les candidats divers droite et centristes (NC et Modem), la droite républicaine se maintient néanmoins au-delà des 30%. Un score inférieur à celui, cumulé, des socialistes, des radicaux, des Verts (europe Ecologie) et des divers gauche qui atteint un peu plus de 38%.

Ces niveaux sont très différents des performances respectives des partis au plan national. Selon le dernier décompte du ministère de l’Intérieur, le PS arrive en tête avec 2.284.912 voix soit 24,94%, suivi de l’UMP (1.554.726 voix, 16,97%) et du FN (1.379.933 voix, 15,06%).  « En 2004, le FN faisait 12,1% au niveau national. Et 13,8% dans les seuls cantons où il était présent », souligne Bruno Jeanbart, directeur général adjoint de Viavoice interrogé par La Tribune. Et ce dernier de préciser que la performance du FN dans ces conditions est finalement tout à fait conforme celle que réalise Marine Le Pen dans les sondages où les Français ont été interrogés sur leurs intentions de vote au premier tour de l’élection présidentielle.

Plus de 30% des voix à Marseille

L’autre information importante de ce scrutin, c’est la très nette remontée du FN dans certaines régions de France. Il dépasse la barre des 20% dans plus de vingt départements, renouant avec des scores qu’il n’avait plus connus depuis le milieu des années 1980 dans certaines régions. Sa percée est surtout notable dans l’est, le centre et le nord du pays, ainsi que dans certains départements d’Ile-de-France, comme le Val d’Oise ou le Val-de-Marne.

A Metz, la candidate du Front national Françoise Grolet (26,4%) arrive même en tête devant le maire socialiste de la ville Dominique Gros (26,1%). A Marseille, le FN retrouve ses scores historiques du milieu des années 1980 en réalisant plus de 30% des voix. Et il sera présent au second tour dans la totalité des 11 cantons.

Cette situation pousse les dirigeants du FN à juger possible leur victoire dans plusieurs cantons. « Nous aurons très certainement des conseillers généraux » a insisté ce lundi Louis Aliot, le vice-président du FN qui est également le compagnon de Marine Le Pen.

Il y a quelques jours Marine Lepen a tenu son premier meeting en Lorraine, à Metz. Le lieu n’est sans doute pas innocent, dans cette terre ouvrière où cette fameuse valeur travail tend à disparaitre jour après jour, où un Président fait des annonces sans jamais en tenir aucune au point qu’il n’y revient jamais.

Mais ce n’est pas cette stratégie qui m’intéresse, je l’ai déjà traitée dans le passé par le biais de l’implantation de la patronne du FN à Henin-Beaumont et sa volonté de conquête sur un électorat tout aussi déboussolé, tout aussi désespéré.

De même, ce n’est pas ses propos sur le délitement des valeurs éthiques et morales d’une certaine gauche dans certaines contrées qui ont retenu mon attention… Non, de cela aussi j’en ai parlé naguère, en insistant sur ce puissant terreau que constitue l’alliage mortifère chômage +corruption+sentiment d’abandon… Je suis heureux de constater que le PS s’intéresse à l’un de ces éléments. Alors certes, on est encore loin du compte et si il est aisé de reprocher les égos des uns et des autres dans leur dénonciation ; à titre personnel, je préfère de gros égos à des têtes d’autruches hypertrophiées.

Non, au final, ce qui a retenu tout mon attention, c’est de constater que des citoyen et des militants sont capables de payer 5 euros pour voir et entendre Marine Lepen. Ce n’est pas une nouveauté au Front National – le père faisait également cela dans les années 90 – néanmoins c’est cette capacité à le faire dans une période où  les politiques n’ont jamais été à ce point décrédibilisés. Performance d’autant plus « remarquable » que l’appareil frontiste n’a pas encore un stock « d’alimentaires » comparable à d’autres partis.

Aussi, je me demande quelle serait l’affluence d’un meeting de Jean Luc Mélenchon, François Hollande ou d’Eva Joly si l’entrée était payante ? On peut encore une fois faire l’autruche mais je pense qu’il serait grand temps qu’à gauche on se pose les bonnes questions, en essayant d’y apporter des réponses… fortes.

Marine Lepen n’en espérait probablement pas tant, transformer une anonyme réunion dans une fac en nouveau symbole de martyrologie subi par le Front National.

C’est le tour de force qu’auront réussi ceux qui ont tout fait pour empêcher la venue de la candidate  frontiste. Ne voyez surtout pas dans ces quelques lignes, un quelconque ralliement aux thèses du parti d’extrême droite, simplement un constat lucide sur l’échec de la diabolisation vis à vis du Front. J’y ai moi-même longtemps cru… il y a 20 ans… et force est de constater l’inutilité de cette démarche, pis elle le renforce.

Ce matin, je lisais cet excellent article dans le Monde sur cette « France d’à coté » composé des classes populaires  mais où vient s’agréger une bonne part des classes moyennes qui ont désormais le sentiment – en est ce d’ailleurs encore un ? – « du deascenseur social » et des perspectives qui s’assombrissent à mesure qu’on s’enfonce toujours un peu plus loin dans la crise.

Cette concomitance explique quoiqu’on en pense les succès récents de Marine Lepen. Le cas d’Henin Beaumont est d’ailleurs particulièrement éclairant – exemple que je connais bien et pour cause -. Un territoire réduit à l’état de friche industrielle et une élite non plus seulement discréditée mais plus surement « perçue » comme corrompue – et je pèse mes mots en disant cela-. Elle a raté d’une centaine de voix la mairie lors de la municipale partielle et je doute que la diabolisation l’empêche de la cueillir en 2014.

Un sondage récent mais qui confirme la tendance, atteste du succès de son entreprise envers les ouvriers et les classes populaires – 3eme derrière Sarkozy et Hollande- aussi, je me refuse à les cataloguer fondamentalement raciste et xénophobe.  Sinon à quoi bon vouloir reprendre pied pour la gauche dans cet électorat – sauf pour Terra Nova pour qui c’est cause perdue – mais ce n’est certainement pas en les stigmatisant qu’on y parviendra. Il en sera de même pour cette classe moyenne déboussolée et toujours plus inquiète face à cette mondialisation qui s’apparente pour elle à toujours plus de déclassement.

Au delà des grandes et pures déclarations, il est grand temps pour la gauche et l’opposition de proposer un contrat social fort, concret et surtout en prise avec les inquiétudes légitimes de ces citoyens-électeurs.

Il n’est pas certain que cette séquence interminable sur le nucléaire soit la meilleure chose qui soit pour renouer le dialogue avec ces «  à coté » toujours plus nombreux.

Un dernier mot sur ces sondages pour celles et ceux qui ne manqueront pas de me faire remarquer leur peu de crédibilité. Aux dernières cantonales, le FN partout où il a pu se maintenir, le candidat le plus souvent inconnu a progressé en voix entre les deux tours… preuve supplémentaire que la diabolisation ça ne marche pas si cela a déjà fonctionné un jour. Vous m’objecterez que l’abstention était forte… c’est un fait mais il vaut pour tout le monde et si vous me permettez, en l’état je vois mal se profiler une participation record pour la présidentielle. Beaucoup d’indicateurs sembleraient plutôt attester du contraire.

Marine Le Pen était l’invitée de l’émission Des paroles et des actes sur France 2. Loin de moi l’idée de me farcir les deux heures, à la vérité, je fuis ce type d’émission préférant me consacrer à des lectures d’articles (très intéressant cet outil -scoop it – pour diffuser) que j’estime plus enrichissante pour moi.

Si je me suis décidé de  jeter un oeil à ce débat, c’est à la lecture de mon twitter où beaucoup -enfin les militants EELV tout au moins- estimaient que Cécile Duflot était très bonne fasse à Marine Lepen. Donc, j’ai regardé sagement ces 20 minutes.

A la vérité, je suis moins catégorique sur l’issue de cette confrontation, non que Cécile Duflot ait été mauvaise, simplement je me demande si l’angle d’attaque choisi est le bon, à savoir celui sur la question des binationaux. Car au fond que veut-on démontrer ? Que le FN malgré sa nouvelle patronne reste un parti raciste ? Cette technique on l’utilise depuis près de trois décennies avec au final un résultat bien loin de celui escompté si j’en juge les derniers scrutins. Alors oui on peut effectivement se faire plaisir et estimer à la fin de tout que l’électeur frontiste est un gros con raciste et ?

Et rien dans une ville comme Roubaix riche de son passé ouvrier et multiculturelle, les candidat frontistes – inconnus – sont parvenus à se maintenir au 2eme tour, pis, ils ont même réussi à progresser en voix entre les deux tours des cantonales de Mars.

Dans la même veine, je crains que Marine Lepen ait raison quand elle dit que les Français sont davantage sensibilisés à la question du prix de l’essence (je vous l’accorde, ce n’est pas très écolo de dire ça mais la voiture sert aussi à aller au boulot…) qu’à celle de la dépénalisation du cannabis. Alors, certes il ne s’agit pas de dire qu’il n’y a pas lieu d’en faire un sujet mais comme je l’ai dit dans un précédent billet mais je crains que ce début de campagne marqués par ces débats sociétaux (dépénalisation, mariage homosexuel, Internet) nous éloigne des préoccupations de nos électorats traditionnels – à ce propos loin du rapport Terra Nova, je vous conseille la lecture de ce billet chez l’économiste Paul Jorion sur la crise des classes moyennes -.

La Présidentielle de 2012 doit se gagner pour l’opposition sur les terrains de l’économie et du social,  à moins de vouloir seulement une victoire par défaut qui n’annonce jamais rien de bon pour la suite -. Certains seront tentés de me dire que c’est facile, que c’est un argument tarte à la crème, justement non ces débats sont difficiles car ils impliquent des choix, des orientations politiques fortes et assumés dans les domaines de la fiscalité, de la santé, de l’éducation, du travail.

Alors au final, après avoir visionné ces 20 minutes de confrontation, mon sentiment est beaucoup plus partagé voire un peu moins optimiste quand à un moment justement sur la question du coût de l’essence on voit semble voir une connivence entre David Pujadas et Cécile Duflot sur une proposition de Marine Lepen (dans la 3eme).

Et vous qu’en pensez vous ?


Marine Le Pen VS Cécile Duflot – Partie 1 par SucGastrique

Marine Le Pen VS Cécile Duflot – Partie 2 par SucGastrique

Marine Le Pen VS Cécile Duflot – Partie 3 par SucGastrique

Allez lire  : l’avis de La Mouette.

Extraordinaire note de la fondation proche du PS Terra Nova quant à la stratégie que le Parti Socialiste doit adopter pour les prochaines échéances électorales. En clair, les auteurs préconisent d’abandonner les classes populaires, je n’invente rien, c’est écrit noir sur blanc : « Il n’est pas possible aujourd’hui pour la gauche de chercher à restaurer sa coalition historique de classe : la classe ouvrière n’est plus le cœur du vote de gauche, elle n’est plus en phase avec l’ensemble de ses valeurs, elle ne peut plus être comme elle l’a été le moteur entraînant la constitution de la majorité électorale de la gauche. La volonté pour la gauche de mettre en œuvre une stratégie de classe autour de la classe ouvrière, et plus globalement des classes populaires, nécessiterait de renoncer à ses valeurs culturelles, c’est-à-dire de rompre avec la social-démocratie. »

Si on peut effectivement penser que cet électorat a depuis de nombreuses années délaissé le Parti Socialiste (à la notable exception de 2007) pour se réfugier massivement dans l’abstention (je vous renvoie à ma petite analyse sur le vote dans les grandes villes aux dernières cantonales) ou pour se rapprocher du Front National, il me semble que justement l’un des enjeux de cette Présidentielle est de réussir à raccrocher les classes populaires pour le PS mais plus encore pour l’ensemble des gauches (je deviens allergique à cette définition binaire et obsolète sur un certain nombre de sujets).

Aussi, je ne sais que penser de ce quarteron de têtes bien faites si ce n’est que leur cynisme est à la lisière du mépris envers ces classes populaires durement touchées au cours des 30 dernières années, tant dans leur difficulté à vivre au quotidien que dans les perspectives offertes à leurs enfants.

Ce qui est reproché à celles-ci, leur difficulté à accepter la mondialisation joyeuse, elles osent revendiquer davanatage de protection, et en forçant un peu le trait, il ne doit pas être trop difficile d’y trouver cette thématique qui reste un tabou pour la gauche… la sécurité.

Sans me lancer dans une définition de la Social-Démocratie – je n’en ai pas les compétences -, je crois néanmoins pourvoir dire que si les grands partis sociaux démocrates se lancent dans cette voie, elle mourra sans fleurs, ni couronne – peut-être l’est elle déjà d’ailleurs ? -

Au passage, je note qu’à ce train d’enfer de la désintellectualisation de la social démocratie, on peut s’interroger vers qui va-t-elle pouvoir s’adresser puisqu’on assiste aussi à des pertes sensibles pour le PS dans les zones péri-urbaines. La gauche n’aurait donc plus comme seul horizon électoral que les centres urbains aisés ou culturellement très actifs ?

Si par malheur, le candidat socialiste mais également ses partenaires potentiels allaient dans cette voie, la seule victoire qui pourra être commémorée dans les prochaines années sera celle de Marine Lepen qui mord dangereusement sur ces deux électorats.

Ma jeunesse étudiante et militante a été bercée par SOS Racisme, le SCALP, ce slogan des Béruriers Noirs « la jeunesse emmerde le Front National » et pour en finir, en 2002, nous avons même eu l’union sacrée contre Jean-Marie Lepen.

Aujourd’hui, un sondage semble attester l’échec de ces incantations, Marine Lepen est bien placée dans l’électorat des 18/24 ans. DSK et dans une moindre mesure Ségolène Royal parviennent à surnager, les autres sont aux abonnés absents. On pourra une fois encore, vitupérer contre ces jeunes gros cons, ressortir de nos cartons un peu jaunis disques et slogans, manifestes et pétitions, et pour faire bonne mesure avec notre temps, FaceBooker à travers une page dédiée, créer un compte twitter « à bas le Front Nazional ».

Tout cela pourrait prêter à sourire, à relativiser cependant cette enquête d’opinion traduit une autre réalité à l’heure où le PS entend faire de la jeunesse une priorité électorale, les mouvements politiques jeunes sont tout autant coupés des réalités que les partis politiques. Et Certains allant même jusqu’à singer les pratiques de leurs ainés, il ne faut plus s’étonner de la faiblesse de ces structures « jeunes » déjà vieilles.

Qui s’inquiète de ces jeunesses – trop souvent vues sous le seul prisme estudiantin-, qui connait leur réalité quotidienne, ce vote frontiste que traduit-il ? S’interroger sur ces questions, permettait sans doute d’éviter de s’étonner de ce paradoxe qui voudrait qu’à l’heure de la mondialisation heureuse et des réseaux sociaux, une partie non négligeable des jeunes se « tourne » vers le repli sur soi.

Qui sont ces jeunes marinistes ? qui sont ces jeunes abstentionnistes ? Reflexe identitaire, absence de perspective, peur de l’autre, simples consommateurs désabusés ?

Avant de vouloir leur proposer des « solutions », il serait peut-être temps de se demander : qui sont les jeunes d’aujourd’hui ?

Avec cette sondagïte aiguë qui secoue le microcosme politique hors sol, j’ai fait quelques recherches sur mes articles consacrés à Marine Lepen et au Front National. Je constate une chose : depuis Juin 2009 et le spectre d’Henin Beaumont, rien mais strictement rien n’a changé à Gauche et au Parti Socialiste. C’est tout simplement désespérant et suicidaire.

Petit Retour sur d’anciens articles (le dernier en date de dimanche) :

10 décembre 2010.
Front National : l’inutile diabolisation.

Ce week-end, Marine Lepen a fait la Une des journaux et des partis politiques, en cause l’amalgame entre la dizaine de lieux de rassemblement musulmans pour la prière sur la voie publique et l’occupation allemande.

Ok, c’est mal, c’est odieux, c’est une comparaison scabreuse et sans fondement mais une fois qu’on a dit ça, ce qu’a dit tout le personnel politique, on s’arrête là ? Il semble que oui comme le note Romain Pigenel dans son billet, Pigenel qu’on ne peut par ailleurs soupçonner de la moindre bienveillance à l’égard du Front National.

Hélas, ce seul coeur des « pleureuses » ne sera certainement pas suffisant pour mettre à mal ce que Marine Lepen construit pied à pied depuis quelques années, c’est à dire une certaine respectabilité de son mouvement post-fascisant. Pour ma part, je suis intimement convaincu que ce dérapage n’avait à la base qu’une vocation interne : celui de s’assurer et de rassurer la frange la plus extrème des adhérents frontistes, davantage tentée par un Bruno Gollnisch, bien plus outrancier et radical dans la campagne interne pour succéder à Jean-Marie Lepen à la tête du front.

Le pire dans cette énième diabolisation, c’est qu’elle risque de profiter in fine à Marine Lepen : à l’interne (aux yeux des militants, elle est capable de faire aussi bien que son père en matière de communication) mais aussi à l’externe (est ce tolérable que la voie publique puisse servir de manière régulière à l’expression de sa foi ? ). En effet, qui à ce jour à poser la question des lieux de cultes – et plus particulièrement musulmans – et de leur nombre suffisant dans notre pays.

En lieu et place de réponses claires et adaptés – ce qui aurait peut être permis à la gauche de s’interroger sur les largesses financières accordés à l’enseignement catholique alors que dans le même temps, l’Education Nationale doit faire fasse à des saignées sans précédent – chacun a tenté de faire de Marine Lepen une nouvelle pestiférée.

Cette stratégie a été la seule réponse offerte - notamment par la gauche – depuis près de 30 ans, avec des résultats inverses à ceux escomptés, doit-on rappeler le 21 avril 2002 et une droite qui n’a eu de cesse de surenchéri dans une logique sécuritaire sans plus de succès – hormis en 2007 – si ce n’est de renforcer un climat de peur et de méfiance généralisé.

Cette absence politique et cette emphase de la diabolisation risque à nouveau d’être d’aucune utilité. L’électorat abstentionniste (souvent issu des quartiers populaires) a d’autres chats à fouetter, où de plus en plus cela touche plus ou moins à la survie ou pour le moins au moins-mal-vivre ; l’électorat frontiste se trouve conforté dans son vote du j’emmerde-la-classe-dirigeante et enfin une partie de l’électorat en lisière du déclassement social peut se laisser tenter un peu plus dans un vote prestataire du fait d’une classe politique incapable de comprendre ses inquiétudes face à un monde mondialisé où l’oubli des classes moyennes et populaires semble devenir la norme.

Alors, oui Marine Lepen s’est incontestablement Lepénisé ces deux derniers jours cependant je doute qu’à moyen terme cela lui soit préjudiciable… Pour elle, l’urgence est la conquête de l’appareil de papa et elle aura bien le temps par la suite de continuer à polir son image.

Le 6 juin 2009
Un sursaut citoyen ? à défaut d’une révolte socialiste…

Dès 18h, la victoire de Duquenne semblait acquise, outre une participation en hausse, les premières tendances donnaient un revers frontiste en cette ancienne terre socialiste.

En républicain, on ne peut que se féliciter de ce petit sursaut démocratique à défaut de pouvoir en quelques heures éradiquer le désarroi citoyen d’une ville sinistrée pour cause de faillite morale de ses édiles.

Peut-on tirer un enseignement de ce résultat, au-delà de la présence surmédiatisée de Marine Le Pen?
On peut le penser car outre une implantation locale forte et réelle de sa tête de liste officielle, la dynamique du Front National de cette élection semble démontrer que celle-ci va au au-delà de sa seule et historique influence délétère sur un scrutin.

Henin-Beaumont est une ville populaire où la misère sociale a fait son lit sur une crise économique qui n’a pas commencé à l’été 2007 mais à la fin des années 70. Le Parti Socialiste qui gère sans discontinuité ce territoire n’a jamais été en mesure d’apporter d’autre horizon que ses édiles costumés… les mêmes ou presque depuis près de 3 décennies.

Une victoire que le PS ne peut s’approprier

Le vote frontiste, le vote socialiste sont dramatiquement similaires: celui d’un de salariés déclassés, cassés. Et, pour ceux encore en activité, l’inquiétude permanente est toujours présente pour les leurs. Distinguer un bureau de vote d’un autre relève de la gageure.

Si la gauche l’emporte ce soir, le Parti Socialiste ne peut se l’approprier ni hier, encore moins demain.

A la lecture du résultat final, la stratégie du front républicain montre aussi de réelles limites puisque qu’il apparaît clairement que d’une part, il n’est pas parvenu à faire le plein des reports et que d’autre part, le Front National parvient à gagner des électeurs. La hausse modeste de la participation montre que le FN est lui aussi est désormais capable de mobiliser une partie de l’électorat abstentionniste.

Ce signe, encore parcellaire du fait de cette situation particulière, a été entendu par Marine Le Pen. Présent au siège du Front National, trois éléments m’ont particulièrement marqué: Marine Le Pen revendique la captation d’une partie non négligeable l’électorat traditionnellement de gauche sur font de crise sociale. A aucun moment, elle n’a parlé de l’immigration. Enfin, elle veut faire sienne la nécessaire remise en cause des pratiques politiques au-delà, du seul « tous pourris ».

L’analyse de Marine Le Pen ne sera pas sans conséquence sur l’avenir du Front National. Manifestement ce soir, elle a voulu préempter l’héritage politique de son père. Faire main basse sur l’appareil mais bien moins au niveau du discours.

Le laboratoire héninois peut faire apparaître un nouveau Front National en profitant de la lente déliquescence du PS à travers un
discours tourné davantage vers l’électorat populaire. Celui-là même qui après avoir transité un temps vers Nicolas Sarkozy, peut demain se tourner, plus durablement et à nouveau vers le FN. En somme transformer le poste protestataire des années 90 en vote d’adhésion.

Et le Parti Socialiste?… on le ménage comme on ménage les grands malades.

Le 2 juin 2009
Henin-Beaumont ou les carences du PS…

Comme préalable et au risque de choquer, je veux dédouaner les citoyens d’Hénin-Beaumont si par malheur, dimanche ils plaçaient le FN à la tête de cette collectivité du bassin minier.

Pourtant, le système mis en place à Henin-Beaumont est révélateur de ce que devient le Parti Socialiste depuis plusieurs années.

Un parti dont les pratiques rappellent désormais les heures les plus sombres du socialisme municipal de la défunte SFIO. Un conglomérat de notables dont le lien avec les réalités se distend à mesure de l’érosion militante ; le résultat en est un clientélisme qui devient la « seule matrice idéologique ».

Vidé de tout contenu, de toute ambition, les sections sont devenues des vases clos grisonnants où quelques « lionsots » peuvent s’ébattre pour devenir dans un premier temps des apparatchiks et dans un second temps, si ils ont bien servi leur maître, devenir à leur tour des notables. Ce phénomène est d’autant plus commode que le jeu de l’alternance démocratique externe est quasi nulle et le débat interne ne peut plus exister puisque vicié par un réseau d’obligés bien installé. En un mot, quiconque serait tenté de s’opposer aux hommes en place, n’aurait non pas le choix de vaincre ou de périr mais de se plier ou de périr.

Dans certaines communes, le clientélisme atteint un tel paroxysme qu’on ne s’étonne plus de voir des taux d’adhésion à un parti politique (le PS en l’occurrence) sans commune mesure avec le reste du pays, et notamment dans le personnel municipal.

Le tableau s’assombrit encore un peu plus quand on aborde la question du réseau plus restreint des notables. Celui-ci est parfaitement installé où chacun se tient gentiment avec des jeux de chaises musicales parfaitement rodés. On se souvient des soutiens répétés de la Fédération du Pas de Calais à des personnages encombrants (et Dalongueville n’est pas un cas isolé).

Institutionnalisé, cette « gouvernance » est malheureusement validée par la direction du PS et aurait peut-être même tendance à faire école. C’est ce fameux repliement sur le local considéré comme la seule ligne qui vaille. Cette réalité n’est pas le fait de Martine Aubry, c’est une tendance qu’on observe déjà sous Hollande.

Hélas, la Première Secrétaire loin d’infléchir ce mouvement tend à le renforcer et par conséquent les déviances qui en découlent (clientélisme, féodalisme, clanisme…). Les propos de Catherine Génisson sont à cet égard révélateurs puisqu’elle considère que «le problème central d’Hénin-Beaumont, c’est surtout la déviance d’un individu et le climat délétère d’une commune. Cela fait un terreau idéal pour le FN. Mais la division du parti a commencé dès 2001, quand un directeur de cabinet se présente contre son maire» (source Médiapart) or c’est bien le système mis en place dans le Pas de Calais depuis des lustres qui fait qu’on en est arrivé là.

Pour ceux qui douteraient, je ne peux que vous conseiller la lecture de l’article très complet de Médiapart avec ce commentaire du journalist qui a fait l’enquête « Beaucoup de témoignages de militants et élus locaux d’Hénin-Beaumont et du Pas-de-Calais ont été recueillis sous couvert d’anonymat. Toutes les personnes citées ont été jointes mardi, par téléphone ». Et moi, je ne mets pas de noms car je préfère me préserver…

J’en termine ici ma première partie. Demain, je la consacre aux incapacités de Martine Aubry à changer la donne dans le Pas de Calais comme ailleurs.