« A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire », donc pour ma part je me risque à un premier bilan partiel à deux jours du 2eme tour de la primaire car il est toujours facile de dire dans l’après, « je vous l’avais bien dit ».
A défaut d’être populaire – je doute cependant que les quartiers populaires se soient déplacée en masse -, la primaire socialiste aura été un succès participatif et avec une bonne tenue des candidats pour la campagne du 1er tour. Car c’est bien là que le bas commence à blessé. Dimanche dernier et à la faveur de résultats définitifs arrivés – fort opportunément, il faut le dire – 48 heures après la fermeture des bureaux, ceux-ci ont donné l’image d’une victoire assez étriquée de François Hollande… au final, on arrive à 9 points qui séparent le premier de la seconde. Un peu amputé de ce succès, François Hollande s’est presque retrouvé dans la peau de l’outsider, laissant à penser que la dynamique avait changé de camps.
On peut d’ailleurs s’étonner que malgré cela, Martine Aubry ait choisi le terrain de la provocation et des petites phrases visant à discréditer son concurrent au lieu de continuer à dérouler son projet. C’est à mon sens, le problème des dernières semaines de sa campagne. Confondre une présidentielle où il est impératif de lâcher ses coups et une primaire -ouverte- de son camp où ce flot de déclarations visant à déconsidérer l’autre peut être un frein pour rassembler son propre camp au lendemain du scrutin – « gauche molle », « candidat du système », « utilise les mots de la droite »…-.
Autre élément qui me trouble, j’ai parfois eu le sentiment ces derniers jours, d’assister au remake d’un congrès socialiste à ciel ouvert où celui qui gagne doit se lancer dans une course éperdue à l’échalote de la vraie gauche qui plus est sur un projet commun et quelques différences sur les détails (comme l’a montré le débat de jeudi)… A mon sens, c’est détourner l’esprit de cette primaire d’autant que dans cette course, il n’est pas évident que les sympathisants du FdG ou d’EELV se portent sur Martine Aubry au 1er tour de la Présidentielle si elle est sort victorieuse de cette primaire. C’est oublier un principe de base enseigné par Mitterrand, le 1er tour sert à rassembler son camp et en l’espèce c’est tenter un coup un peu hasardeux.
A moins bien sur que EELV – ayant participé activement à cette désignation du candidat, au risque de se transformer en un PRG mâtiné de Verts – renonce à présenter son candidat dans la précipitation après avoir lui aussi procédé à sa primaire… le truc incompréhensible… Désolé mais le choix se fait avant et non après à moins de vouloir être définitivement décrédibilisé.
François Hollande a pris le parti de ne pas réagir trop frontalement, c’est heureux. Car, il y a fort à parier que l’escalade aurait « proprement » dégénéré et peut être compromis le nécessaire rassemblement des socialistes mais aussi de son électorat qui n’aurait pu s’empêcher de se dire que les dirigeants socialistes n’ont définitivement rien compris. Oui, le changement peut aussi se faire dans un esprit apaisé, enfin je le crois.
Au moins ce manque de « pugnacité » devrait permettre que le ou la candidat(e) élu(e), ne perde pas son temps lundi matin à réunir sa propre famille politique et ses sympathisants.
Autre élément de ce bilan… l’incroyable renaissance de Ségolène Royal… cette femme ne cessera jamais de me surprendre par sa ténacité, son courage et sa formidable capacité à braver les déconvenues. Alors qu’on attendait Arnaud Montebourg, c’est bien elle qui sort la tête haute de cette semaine alors qu’on pouvait la penser définitivement sortie du jeu politique. Et je n’ai que mépris pour ces gens qui estiment que ce soutien à François Hollande est le fruit d’une union passée… et dans le tas, certaines se disent féministes, pour ma part j’y vois au contraire un machisme d’une violence rare. Oui son choix est logique, politique quoi de plus élémentaire que de vouloir placer celui qui est arrivé en tête dans une bonne dynamique, d’autant que ce ralliement ne se fait pas sur des comptes d’apothicaire mais bien sur des idées portées par Ségolène Royal tout au long de sa campagne et reprises – pour quelques unes- par François Hollande.
Maintenant venons en à Arnaud Montebourg et cette incroyable prouesse de créer la surprise en seulement quelques jours. Au soir du 1er vote en devenant « le grand vainqueur » et aujourd’hui en passe de devenir « le grand perdant » pour une question de timing. Si ce matin, il confie au Monde son intention de voter Hollande prenant assez justement en compte que le fait que « qu’il n’a pas d’argument qui me permette de penser que Martine serait plus à gauche que François« . Si sa lettre adressée à Martine Aubry et François Hollande était vraiment intéressante en matière de transparence néanmoins sa décision intervient un peu tard, après le coup d’éclat de Ségolène Royal – très bonne sur France 2-.
Cependant, je persiste à penser qu’Arnaud Montebourg peut avoir une place de choix dans notre paysage politique si d’aventure François Hollande poursuivait son chemin jusqu’à l’Elysée. « Gouverner, c’est choisir » disait Pierre Mendès France, on pourrait rajouter « qu’exister -en politique- c’est choisir ». Ce choix, il l’a fait conscient de son socle électoral pour le moins hétéroclite mais nul doute qu’il sait aussi que créer un nouveau parti est une chose particulièrement compliqué et hasardeuse voire impossible dans un paysage déjà fort chargé. Alors, je ne suis pas naïf, les discussions ont du se faire au delà des seules réponses à sa lettre – des postes, des places… et c’est pareil chez les deux protagonistes- et je pense que ce choix s’est fait aussi quant à sa place dans le parti sous l’ère Hollande. Sous Aubry, la place de l’aile gauche c’est Hamon et d’autre part, je vois mal Harlem Désir et le courant Delanoë céder sa place à la tête du Parti. Donc, le choix Hollande offre probablement le plus de garanti pour exister ou tout au moins tenter d’exister. Car si Aujourd’hui, ça se bouscule chez Hollande, jusqu’à l’épisode DSK – tiens en France, il est coupable mais non jugé- on ne peut pas dire qu’il y avait pléthore autour de lui, dans ces conditions, Hollande a plus de latitude pour négocier – je le répète, cela se pratique des deux cotés pas la peine de me faire un commentaire de vierge effarouchée - .
Dans cette éventualité, on peut également penser qu’Arnaud Montebourg voudra enraciner les deux faces de ses électeurs potentiels en imaginant une structure adossée à la fois sur le Parti Socialiste mais aussi en dehors ; OPNI – objet politique non identifié- toujours difficile à mettre en oeuvre et à faire vivre mais la politique c’est aussi une histoire de paris pour le coup d’après. Pari car Martine Aubry peut encore l’emporter et là, il doit déjà savoir que cela sera impossible ou que sa traversée du désert sera particulièrement longue…
En tout cas, je vais suivre cela attentivement si François Hollande l’emporte dimanche soir.
Depuis hier, toute la classe politique s’est liguée contre Georges Frèche après sa phrase sur ce pauvre Laurent Fabius qui n’aurait pas une tête catholique…
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